Comment s'en émouvoir ?

S'en émouvoir à coups de sollicitations médiatiques ? à quoi bon !?! Si Vigo, La Corogne ou Arcachon n'ont pas connu ce genre d'événement avant aujourd'hui, c'est un simple non-accident de l'histoire... Avis perso : il faudrait une marée noire tous les trois mois sur toutes les côtes des terres émergées de cette médiocre planète - ou bien que se produise l'énorme déversement prévisible en Méditerranée - pour que nous puissions, devant ce type d'événement, dépasser la réaction purement émotive... (un peu comme quand nous allons faire nos courses à l'hypermarché sans aucun état d'âme, alors même que la distribution vit du fait de laminer ses fournisseurs les plus faibles !). Ceci dit, en matière de pollution par hydrocarbures nous sommes déjà plus blindés qu'il ne nous paraît, puisque la quantité de pétrole répandue annuellement dans les mers est sans commune mesure avec celle qui vient noircir de temps en temps les côtes, et que ça, ça n'émeut personne ! A son tour, la masse des pollutions s'en allant tranquillement à la mer est sans commune mesure avec celle des déversements d'hydrocarbures... Ah ! si seulement les marées noires pouvaient constituer l'arbre qui ...nous rappelle la forêt !
Dans des sociétés où il faudrait un gendarme derrière chaque conducteur pour faire respecter les limitations de vitesse, quoi d'étonnant que chacun fasse - aussi - ce qui l'arrange en matière de pollutions ? Dans une Europe réduite à un terrain d'aventures pour décideurs en bourse, quoi d'étonnant que la mer soit vue, depuis ces hauteurs boursières, comme un dépotoir bien commode ?

Henri Gueguen, Locronan France

auteur de
La marée noire géante de l'Amoco Cadiz ...et après ?
Editions CMD - 1999 - France