éclipse totale du soleil du 11 août 1999

- Est ce que c'est bon pour nous deux l'éclipse ????
On va s'envoyer des mails bizarres pendant le phénomène ;-)
... Est-ce que c'est une période créative ??? Est-ce que ça
va créer un moment émotionnel fort...???
- Oui, je crois. C'est peut-être ça qui m'oppresse. Mais on est à l'abri, dans la virtualité, rien ne peut nous arriver. L'ˇternité....
- Es-tu prête pour la fin du monde ????
- Non, j'ai encore beaucoup de choses passionnantes à vivre.
- J'ai de plus en plus froid...et toi ?

Toi et moi on ne s'est pas tout dit, rendez-vous dans une autre galaxie qu'en un vrai baiser charnel, on devienne immortels."
Ils tendent leurs bras de lumière, se regardent intensément, puis reprennent leur course effrénée.

Voyeurs de l'étreinte des corps célestes , mais ce n'est qu'un mirage. Ici, rien ne bouge hormis les nuages poussés par le vent.

Cette éclipse, ce n'est rien que du vent...Comme une manifestation divine de la virtualité.
Pourquoi faut-il qu'un immense voile noir couvre l'éclat de tes yeux ? Je voudrais une fois, une seule, devenir aveugle.. brûlé par la lumi¸re de ton âme.

- Je me suis eclipsée un moment , j'ai bu du vin rosé de Corse, ça
ressemble au vin sarde, sain et capiteux. J'ai eu froid. Le spectacle ne valait pas le déplacement. La nuit n'est pas venue. C'était quand même amusant, il y avait des ouvriers de la ville très émus. L'un d'entre eux rassurait son père par tél. portable. Unique preuve de la réalité du phénomene : une vague gêne à mon oeil droit.

- Enfin, c'est fini. Le soleil est revenu. Les émotions fortes me brisent...
- Oui, on se sent un peu fatigués (ou alors c'est le vin).
- Que la lune fricote avec le soleil, au fond ça les regarde.
- Tout cela ne nous regarde pas..
- Je n'en ai pas eu l'illumination attendue. Tout se passe dans la tête.
Pourtant, c'est bien de regarder tous en même temps dans la même direction, une fois au bout d'une lune. Communion cosmique et médiatique.
- C'est bien mais un peu con tout de même tous ces gens en ville avec leur lunettes flashy sur le nez.
- Ton texte est beau. Mais attention, quand on est aveugle, c'est pour la vie...
- Il n'y a de pire aveugle que celui qui ne veut point boire (Archipel Livre I, 3me épître aux alcooliques)
- J'ai eu froid.
- Finalement moi j'ai toujours froid.
- Frileux ?
- Non, le froid des astres morts.

Loiez DENIEL & Tamara LAI ( FR / BE)

 

 

AU COMMENCEMENT ETAIT LE VERBE
PREMIERE ECLIPSE DE L'HUMANITE QUI CHERCHE VAINEMENT DEPUIS LORS

A FAIRE COINCIDER

LA LUMIERE ET L'OMBRE

DANS UNE COURSE INFINIE

ENTRE MOTS ET CHOSES

ILLUMINEE PARFOIS

DES SEULS ECLATS

DE L'ANTI-ECLIPSE

QUI A NOM POESIE 

René BERGER (CH)

 

 

Le gwenn-ha-du attend de draper son grand homme, comme la lune un soleil à emberlificoter. Comme elle, il l'aura. Puis plus.

Henri GUEGUEN (FR)

 

 

 

DON'T LET ME ALONE IN THE DARK!

Charles François (BE)

 

 

 

 

 

 

Je me presse, m'arque-boute, m'étire les pupilles.
Il paraît que l'objet de notre quête est d'autant plus désirable que quand il disparaît. Paradoxe ? non : mon Amour m'est d'autant plus désirable qu'en son absence.

Montres en main, le rideau se baisse, l'obscurité se fait.

Tout autour de moi : souffles coupés, cris ˇtouffés, ventres vides.

De gros, gras flocons gris ne font qu'accroître ma rancoeur.

Chaque tentative pour en percevoir tous ses contours exquis ne m'offre qu'une bouffée de frustration, égale à la précédente par son intensité.

Peu importe, finalement, l'objet de mon Désir ultime ne pourra jamais entrer complètement dans mon chant de vision.

Maintenant j'ai trouvé la fa¨on idéale pour le voir en totalité : l'obscurité totale, noire.

Alors je ferme les yeux et sens venir à moi cette bouffée d'apocalypse...

J'ouvre les yeux, j'ai fini, je sens des courants d'air me parcourir les veines.

Le rideau se relève et laisse ré-appara”tre l'objet.

Etincelant de milles feux, clinquant et aveuglant.

J'étais subjugué par autant d'éclat, de promesses.

Las, le séducteur ne fait pas long-feu.

Les projecteurs s'ˇteignent, la seule chose qui me reste, ce sont des scintillements au fond du noir de ma pensée.

Dominique GROS (DE)